Terres de Brumes

Des créations (bijoux, couture...) inspirées par la nature, le rêve, le Moyen-Age et bien d'autres choses encore!

26 octobre 2008

Aube

Je vous laisse ici un petit texte du soir... C'est étrange, l'automne m'inspire... Je ne l'ai pas retravaillé, comme j'en ai pourtant l'habitude...

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Aube

Pâle et légère comme la brume, l’enfant allait à travers les bois endormis. Les feuilles, tombant en pluie de merveille, traçaient un chemin qu’elle suivait sans réfléchir. Chaque arbre de la forêt participait à cette marche, à cet accomplissement. Du haut des cimes, les oiseaux silencieux observaient la délicate avancée.

Au pied d’un saule, une femme attendait. Statue de mille années, elle regardait au loin, au-delà des ombres, au-delà du temps. Le vent offrait une danse à ses longs cheveux noirs, les parant de brindilles et de feuilles. Elle demeurait en ces lieux, intemporelle, presque invisible.

L’enfant ne regardait pas autour d’elle, ne levait pas la tête vers le ciel protecteur que formait l’union des vieux chênes. Elle allait droit devant elle ; peu lui importait où.
Elle fuyait.

Elle avait entendu, bien avant l’aube, les hurlements des chiens saluant le retour du maître. La quiétude de l’absence prenait fin. Son cœur s’était alors replié sur lui-même, ses oreilles avaient voulu ne plus entendre, ses poings s’étaient serrés à se disloquer… Dans l’obscurité des couloirs, elle s’était tracé un passage.

Cours petite, cours ! Elle avait couru de toutes ses jambes, l’esprit en alerte, et la peur, la peur derrière elle, la surplombant de son grand corps froid.

Quand l’aube avait tout doucement déchiré l’horizon, la course s’était muée en une marche lente, une marche de fatigue, une marche coûte que coûte.

D’heure en heure, pourtant, le découragement avait tissé sa toile… L’enfant avançait toujours, mais son regard ne fixait plus que la terre que foulaient ses pieds. Elle tentait de fermer son esprit à toutes les pensées qui tentaient de l’assaillir, mais ses lèvres tremblaient de plus en plus…

Il avait fallu une fleur à l’enfant. Une toute petite fleur blanche, sortant timidement du sol. Une tâche d’espoir.
Elle avait su qu’elle était sauve. Elle était née en des terres où les fleurs ne poussaient plus. Alors, la marche était devenue légère. Le poids de la peur et de l’accablement avait disparu.

Au pied du saule, la femme scrutait toujours le lointain. Elle n’avait plus rien à perdre à présent que la Grande Peste lui avait volé sa famille. Elle ne cherchait rien. Elle se perdait dans le souvenir, attendant l’arrivée de l’enfant.

Combien d’heures avaient passé depuis qu’elle se tenait en cet endroit, à guetter quelque chose qui ne viendrait pas, qui n’existait même plus ?
Qu’allait-elle devenir ?

Alors que le chagrin l’envahissait, son regard fut happé par quelque chose au milieu des herbes… Elle n’en croyait pas ses yeux, et pourtant…Oui, c’était bien elle… Des jours et des jours avaient passé, et elle la retrouvait aussi hasardeusement que la première fois…

Un faible sourire apparut sur ses lèvres, qui s’étendit et couvrit tout son beau visage.

Elle venait d’apercevoir une petite fleur blanche. Après toutes ces années, elle était encore là, toute frêle, et portant si forte… Une fleur si insignifiante, qui pourtant lui avait donné l’espoir quand tout semblait perdu…

Posté par Berilune à 18:19 - Ecriture - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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